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<title>De la Censure.</title>
<author key="Bodin, Jean (1530-1596)"
ref="https://data.bnf.fr/fr/11999951/jean_bodin/">Jean Bodin</author>
<editor key="Lecercle, Doranne">Doranne Lecercle</editor>
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<edition>OBVIL</edition>
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<name>Eric Thiébaud</name>
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<publisher>Sorbonne Université, LABEX OBVIL</publisher>
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<idno>http://obvil.sorbonne-universite.fr/corpus/haine-theatre/bodin_censure_1576</idno>
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<licence target="http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/fr/"><p>Copyright © 2019 Sorbonne Université, agissant pour le Laboratoire d’Excellence «
Observatoire de la vie littéraire » (ci-après dénommé OBVIL).</p>
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sur les bases de données (L341-1) est mise à disposition de la communauté
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électronique, notamment en intégrant toutes les contributions extérieures, la
diffusion de versions modifiées de cette ressource n’est pas souhaitable.</p></licence>
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<bibl>Jean Bodin, <hi rend="i">Les Six Livres de la République de I. Bodin Angevin.
A Monseigneur du Faur, seigneur de Pibrac, Conseiller du Roy en son Conseil
privé</hi>, <pubPlace>Paris</pubPlace>, <publisher>Jacques Du
Puy</publisher>, <date>1576</date>, livre VI, « De la Censure », chapitre
premier, (p. 602-616), p. 611-613. PDF : <ref
target="http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b86268103"
>Gallica</ref>.</bibl>
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<head rend="sc">[frontispice]</head>
<p rend="center"><hi rend="uc">Les<lb/> Six Livres<lb/> de la Repvbli-<lb/>que de I. Bo-</hi><lb/>din Angeuin.<lb/>
<hi rend="i"><hi rend="sc">A Monseigneur du Faur, sei-</hi><lb/>gneur de Pibrac, Conseiller du Roy en son Conseil
privé</hi><lb/><lb/> A PARIS<lb/> Chez Jacques Du
Puy, Libraire Iuré,<lb/>A la Samaritaine.<lb/>1576,<lb/>Auec Privilege du Roy.</p>
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<head>De la Censure<lb/>Chapitre I<lb/>[Extrait]</head>
</div>
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<pb n="611" xml:id="p611"/>
<head>Les comédies et farces pernicieuses à toute
République.</head>
<p>Je tais aussi l'abus qui se commet en souffrant les Comiques, et Jongleurs,
qui est une autre peste de la République des plus pernicieuses qu'on saurait
imaginer : car il n'y a rien qui gâte plus les bonnes mœurs, et la
simplicité, et bonté naturelle d'un peuple, ce qui a d'autant plus d'effet,
et de puissance, que les paroles, les accents, les gestes, les mouvements,
et actions conduites avec tous les artifices qu'on peut imaginer, et d'un
sujet le plus ord, et le plus déshonnête qu'on peut choisir, laisse une
impression vive en l'âme de ceux qui tendent là tous leurs sens. brief on peut
dire, que le théâtre des joueurs, est un apprentissage de toute impudicité,
lubricité, <pb n="612" xml:id="p612"/>paillardise, ruse, finesse, méchanceté. Et non sans
cause disait Aristote<note n="8" place="margin" resp="author">lib. 7. ca. 15.
polit.</note>, qu'il faut bien garder les sujets d'aller aux jeux des
comiques : il eût encore mieux dit, qu'il faut raser les théâtres, et
fermer les portes de la ville aux joueurs : « <quote>quia<seg type="exquote">, dit
Sénèque,</seg> nihil tam moribus alienum, quam in spectaculo
desidere.</quote> » Si on dit que les Grecs, et Romains permettaient les
jeux : je réponds que c'était pour une superstition qu'ils avaient à
leurs Dieux. mais les plus sages les ont toujours blâmés. car combien que la
Tragédie a je ne sais quoi de plus Héroïque, et qui moins effémine les cœurs
des hommes, si est-ce toutesfois que Solon ayant vu jouer une tragédie de
Thespis, le trouva fort mauvais : de quoi s'excusant Thespis disait, que ce
n'était que jeu, Non, dit Solon, mais le jeu tourne en chose sérieuse,
beaucoup plus eût-il blâmé les comédies, qui étaient encore inconnues. et
maintenant on met toujours à la fin des tragédies, (comme une poison ès
viandes) la farce, ou comédie. Et quand ores<note place="bottom" resp="editor"> [NDE] ores = maintenant.</note> les jeux seraient tolérables aux
peuples méridionaux, pour être d'un naturel plus pesant, et mélancolique,
et pour sa constance naturelle moins sujet à se changer, si est-ce que cela
doit être défendu aux peuples tirant plus vers le Septentrion, pour être de
leur naturel sanguins, légers, et volages, et qui ont presque toute la
force de leur âme en l'imagination du sens commun, et brutal. Mais il ne faut
pas espérer, que les jeux soient défendus, ou empêchés par les
magistrats : car ordinairement on voit, qu'ils sont les premiers aux jeux.
C'est la propre charge des censeurs graves, et sévères, qui auront la
discretion d'entretenir les honnêtes exercices de la gymnastique pour maintenir
la santé du corps : et de la musique pour ranger les appétits sous
l'obéissance de la raison. j'entends la musique<note n="9" place="margin" resp="author">« <quote>duabus
potissimum rebus civitates conservantur</quote> » « <quote>γυμναστικῇ καὶ μουσικῇ</quote> », ut ait Plato
in Timæo.</note>, qui signifie non seulement l'harmonie : ains<note resp="editor" place="bottom"> [NDE] ainsi = ais.</note> encore
toutes sciences libérales, et honnêtes : et prendront garde
principalement, que la musique naturelle ne soit altérée, et corrompue comme
elle est à présent : puisqu'il n'y a rien qui coule plus doucement aux
affections intérieures de l'âme. Et pour le moins si on ne peut gagner ce point-là, que les chansons Ioniques, et Lydiennes, c'est-à-dire, le cinq et
septième ton, soient bannis de la République, et défendus à la jeunesse,
comme Platon, et Aristote disaient qu'il est nécessaire, pour moins<note place="bottom" resp="editor"> [NDE] pour moins = pour le moins.</note> que la
musique Diatonique, qui est la plus naturelle, que la chromatique, et
Enharmonique, ne soit corrompue par la mélange<note resp="editor" place="bottom"> [NDE] Le mot est féminin à l'époque.</note> des autres : et que les
chansons dorienes ou du premier ton, qui est propre à la douceur, et gravité
bien séante, ne soient déguisées en plusieurs tons, et déchiquetées, en sorte,
que la plupart des musiciens en deviennent fols<note place="bottom" resp="editor"> [NDE] fols = fous.</note>, et insensés : parce
qu'ils ne sauraient goûter une musique naturelle, non plus qu'un estomac
debifé<note resp="editor" place="bottom"> [NDE] débiffer : Gâter, mettre en désordre (Dictionnaire de l'Académie).</note>, et corrompu de friandises, ne peut <pb n="613" xml:id="p613"/>goûter une bonne et
solide viande. Or tout cela depend du devoir des Censeurs, attendu que les juges
et autres officiers n'y prendront jamais garde.</p>
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