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<titleStmt>
<title>Mandement de M. L’Evêque de Nîmes contre les Spectacles</title>
<author key="Fléchier, Esprit (1632-1710)"
ref="https://data.bnf.fr/fr/11902896/esprit_flechier/">Esprit Fléchier</author>
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<edition>OBVIL</edition>
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<name>François Lecercle</name>
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<name>Doranne Lecercle</name>
<resp>Responsable d’édition</resp>
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<name>Clotilde Thouret</name>
<resp>Responsable d’édition</resp>
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<name>Nolwenn Chevalier</name>
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<publicationStmt>
<publisher>Sorbonne Université, LABEX OBVIL</publisher>
<date when="2018"/>
<idno>http://obvil.sorbonne-universite.fr/corpus/haine-theatre/flechier_mandemens_1712/</idno>
<availability status="restricted">
<licence target="http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/fr/"><p>Copyright © 2019 Sorbonne Université, agissant pour le Laboratoire d’Excellence «
Observatoire de la vie littéraire » (ci-après dénommé OBVIL).</p>
<p>Cette ressource électronique protégée par le code de la propriété intellectuelle
sur les bases de données (L341-1) est mise à disposition de la communauté
scientifique internationale par l’OBVIL, selon les termes de la licence Creative
Commons : « Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification
3.0 France (CCBY-NC-ND 3.0 FR) ».</p>
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dérivée de cette ressource électroniques comportera le nom de l’OBVIL et surtout
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<p>Pas d’Utilisation Commerciale : dans l’intérêt de la communauté scientifique,
toute utilisation commerciale est interdite.</p>
<p>Pas de Modification : l’OBVIL s’engage à améliorer et à corriger cette ressource
électronique, notamment en intégrant toutes les contributions extérieures, la
diffusion de versions modifiées de cette ressource n’est pas souhaitable.</p></licence>
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<idno>http://obvil.sorbonne-universite.fr/corpus/haine-theatre/flechier_mandemens_1709</idno>
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<bibl>
Esprit Fléchier, <hi rend="i">Mandement de M. L’Evêque de Nîmes</hi>,
<pubPlace>Paris</pubPlace>, <publisher>Jacques Estienne</publisher>,
<date>1709</date>.</bibl>
</sourceDesc>
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<date when="1709"/>
</creation>
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<head rend="small">[FRONTISPICE]</head>
<p rend="center">MANDEMENT<lb/>DE MONSEIGNEUR<lb/>L’EVEQUE DE NISMES<lb/>Contre les
Spectacles.<lb/><hi rend="i">Aux Fideles de son Diocese.</hi><lb/><lb/>A PARIS<lb/>Chez
<hi rend="sc">Jacques Estienne</hi> ruë saint Jacques<lb/>au coin de la ruë de la
Parcheminerie, à la Vertu<lb/>[1709]</p>
</div>
<div>
<pb n="3" xml:id="p3"/>
<head><hi rend="uc">Mandement<lb/> de Monseigneur<lb/>l’Evêque de Nîmes</hi><lb/>Contre les Spectacles<lb/>
<hi rend="i">Aux Fidèles de son Diocèse</hi><note place="bottom" resp="editor">[NDE]
Publié en 1709, le mandement est repris (p. 234-245) dans la collection posthume de ses
mandements et lettres pastorales publiée par le même éditeur en 1712. Le texte de 1712
reprend celui de 1709 avec des modifications de format (majuscules, ponctuation) et
quelques modifications de formulation que nous indiquons dans les notes. Toutes les
notes en marge sont de la version de 1712.</note>.</head>
<p>ESPRIT FLECHIER, par la grâce de Dieu, et du Saint Siège Apostolique, Evêque de Nîmes,
Conseiller du Roi en tous ses Conseils : A tous les Fidèles de notre Diocèse, <hi
rend="sc">Salut</hi> et Bénédiction.</p>
<p><hi rend="sc">Mes très-chers Frères</hi>.</p>
<p>Nous voyons avec douleur depuis quelque temps, l’affection et l’empressement que vous
avez pour les Spectacles, que nous avons souvent déclarés contraires à l’esprit du
Christianisme, pernicieux aux bonnes mœurs, et féconds en mauvais exemples, où, sous
prétexte de représentations et de musiques innocentes par elles-mêmes, on excite les
passions les plus dangereuses ; et par des récits profanes et des manières indécentes, on
offense la vertu des uns, et l’on corrompt celle des autres.</p>
<p>Nous crûmes la première fois, que ce n’était qu’une curiosité passagère d’un
divertissement inconnu, dont vous vouliez vous désabuser, et nous eûmes quelque légère
condescendance : mais puisque c’est une habitude de plaisir, et une espèce de libertinage
qui se renouvelle tous les ans, nous connaissons que ce n’est plus le temps de se taire,
et qu’un plus long silence pourrait vous donner lieu de penser que nous tolé-<pb n="4" xml:id="p4"/>rons ce que l’Eglise condamne, et que nous condamnons avec l’Eglise.</p>
<p> Nous étions assez occupés à ramener les Hérétiques, à détruire leurs erreurs et leurs
préventions, à corriger les vices et les faiblesses ordinaires des hommes : on n’avait
guère vu de théâtre dressé dans cette Ville ; l’art de corrompre les cœurs par des chants
et par des spectacles, n’y était pas encore introduit. L’oisiveté n’avait pas encore
amolli les esprits, et l’hérésie même avait horreur de ces corruptions publiques.</p>
<p>La Providence divine semblait nous avoir mis à couvert pour toujours de cette espèce de
séduction, par la chute des premiers qui vous l’apportèrent. On les vit méprisés et
misérables, traînant une triste et honteuse pauvreté dans ce Diocèse, où ils avaient conçu
le dessein et l’espérance de s’enrichir.</p>
<p>Nous ne plaignîmes pas leur sort ; nous les assistâmes pourtant, et nous vous louâmes,
<hi rend="sc">Mes très-chers Frères</hi>, d’avoir contribué à les humilier par vos
dégoûts, et à les secourir par vos charités.</p>
<p>Cependant nous avons vu tout d’un coup renaître une nouvelle troupe, et s’élever un
second théâtre sur les ruines du premier. Nous en fûmes surpris ; mais ce qui nous toucha
le plus, <hi rend="sc">Mes très-chers Frères</hi>, ce fut l’ardeur avec laquelle vous
couriez à de tels spectacles. L’argent, qui vous coûte tant à donner à nos hôpitaux, vous
le donnez<note resp="editor" place="bottom"> [NDE] La version de 1712 corrige en
« donniez ».</note> là avec complaisance. Vous alliez avec joie vous divertir des
passions d’autrui, et nourrir peut-être les vôtres. </p>
<p>Vous aimiez à voir et à entendre ces filles de Babylone, qui chantaient les cantiques de
leur pays.</p>
<p>Vous leur donniez vos approbations, et par vos applaudissements et vos flatteries, vous
échauffiez ces <pb n="5" xml:id="p5"/>serpents à mesure qu’ils vous piquaient : vous faisiez part de
ces recréations empoisonnées aux personnes que vous aimiez<note place="bottom"
resp="editor"> [NDE] 1712 : à vos amis, et plus encore à vos amies ;</note>, et ce qui
est plus déplorable, vous donniez à vos enfants encore innocents, la vue de ces vanités,
pour récompense de leur sagesse.</p>
<p>Ceux qui sont nés dans les lumières de la foi et de la Religion Catholique, ne
rougissent-ils pas d’avoir part à ces œuvres de ténèbres : mais vous, <hi rend="sc">Mes
très-chers Frères</hi>, qui êtes sortis du sein de l’hérésie, quand ce ne serait qu’en
apparence, dans le temps que<note resp="editor" place="bottom">1712 : pendant que</note>
vous viviez dans le libre exercice de vos erreurs, osiez-vous, ou par crainte, ou par
conscience, approcher de ces spectacles que vous fréquentez aujourd’hui ? Vous réserviez
au soulagement de vos Frères l’argent qu’il ne vous était pas permis d’employer à cette
sorte d’amusement. Vous assigniez à <hi rend="sc">Jésus-Christ</hi>, en la personne de ses
pauvres, une portion des fruits de votre commerce, en reconnaissance de la bénédiction
qu’il y répandait. Vous ne vous souvenez que trop de vos lois et de vos coutumes
passées. N’avez-vous oublié de votre ancienne discipline que la privation des spectacles
qu’elle vous avait interdit<note resp="editor" place="bottom"> [NDE] La version de 1712
fait l’accord du participe passé.</note>, et les aumônes qu’elle vous obligeait de
faire ?</p>
<p>Mais enfin vous satisfîtes vos désirs. Nous avions espéré que ces plaisirs ayant perdu
pour vous la grâce de la nouveauté, et vous, ayant perdu le goût de ces plaisirs, vous
n’abuseriez plus de nôtre silence.</p>
<p>Mais hélas ! à peine les traces impures de ce premier passage étaient effacées, que
l’esprit immonde<note place="bottom" resp="editor">1712 : Esprit immonde, en
italiques.</note> est revenu ; qu’il s’est comme mis en possession de cette Ville ;
qu’il y établit ses opérations<note place="bottom" resp="editor">1712 : sa
domination</note>, et qu’en quelque façon il s’y perpétue, si nous ne résistons à cette
introduction dangereuse, et si nous ne troublons cette paix, avec laquelle il prétend
régner sur nos Diocésains.</p>
<pb n="6" xml:id="p6"/>
<p>Nous y sommes d’autant plus obligés, que le Ciel n’est déjà que trop irrité contre nous.
Convient-il, <hi rend="sc">Mes très-chers Frères</hi>, d’étaler sur des théâtres un
attirail de vanité; d’y jouer des Scènes divertissantes, et d’y remplir l’esprit et le
cœur des peuples de frivoles et ridicules passions, dans des conjonctures<note
resp="editor" place="bottom">Ajout de 1712 : fatales, où toute créature gémit dans
l’attente d’un terrible événement ;<note place="bottom" resp="editor"> [NDE] Le contexte
est la guerre de succession d’Espagne (1702-1713).</note></note> où chaque citoyen
doit prier pour son Prince <note place="bottom" resp="editor">Ajout de 1712 : et craindre
pour sa Patrie </note> ; où le Roi s’humiliant le premier lui-même sous la main
toute-puissante de Dieu, implore ses anciennes miséricordes ; et touché<note resp="editor"
place="bottom"> Ajout de 1712 : des malheurs</note> d’une guerre que la justice et la
Religion l’obligent de soutenir, met tout son Royaume en prière<note place="margin">
Prières ordonnées partout.</note>, et fait passer de son cœur royal dans celui de tous
ses Sujets, son humble confiance en Dieu, et sa charité pour son peuple.</p>
<p>Les spectacles, quand ils seraient innocents, ne doivent-ils :pas être défendus dans ces
temps de tribulation ? Ne sait-on pas que (selon le Sage<note place="margin"><hi rend="i"
>Eccles. ch.</hi> 9.</note>) la musique dans le deuil est une musique à
contretemps<note resp="editor" place="bottom"> [NDE] De « la musique » à « contretemps »
en italiques dans la version de 1712.</note> ; et que <hi rend="sc">Jésus-Christ</hi>
fit sortir d’une maison affligéeles Joueurs de flûte, et la troupe bruyante qui les
suivait<note resp="editor" place="bottom"> [NDE] De « fuite » à « suivait » en italiques
dans la version de 1712.</note><note place="margin">
<hi rend="i">Ev. de S. Math. ch.</hi> 9.</note> ?</p>
<p>Les saints Canons ont toujours défendu les réjouissances publiques aux pénitents ; et
quand le serons-nous, <hi rend="sc">Mes Très-chers Frères</hi>, si nous ne le sommes
lorsque nous voyons la colère du Ciel répandue sur toute la terre. L’Eglise retranche même
dans les jours de tristesse et de deuil, les solemnités de son culte, les parures de ses
Autels et de ses Ministres, la douceur même et la gaieté de ses chants ; et vous irez
repaître vos yeux des agréments affectés, et du pompeux ajustement de quelques femmes
licencieuses, et prêter l’oreille à la voix et aux récits passionnés de ces Sirènes, dont
parle Isaïe<note place="margin"><hi rend="i">Isay. ch.</hi> 13.</note>, qui habitent dans
les Temples de la volupté<note resp="editor" place="bottom"> [NDE] De « ces » à
« volupté » en italiques en 1712.</note>.</p>
<p>Vous croyez peut-être, <hi rend="sc">Mes Très-chers <pb n="7" xml:id="p7"/>Frères</hi>, qu’il est bon
d’amuser et d’étourdir, pour ainsi dire, les craintes et les inquiétudes des peuples, et
de leur mettre à la place de tant de tristes objets qui les environnent, des idées qui les
divertissent.</p>
<p>Peuvent-ils ignorer les fureurs et les agitations du monde ? Ne sentent-ils pas les maux
présents et ne prévoient-ils<note place="bottom" resp="editor"> 1712 : N’appréhendent-ils
pas</note> pas les maux à venir ? Est-ce au pied du théâtre, ou de l’autel qu’on va
chercher les consolations des tristesses publiques ou particulières ? Les malheurs réels
que nous ressentons, ou dont nous sommes menacés, se guérissent-ils par des chansons et
par des fictions faites à plaisir ? Pendant qu’Israël et Juda, Joab et vos Princes sont
sous des tentes, dans les brûlantes ardeurs de la guerre et de la saison, il vous sied
bien d’écouter à vôtre aise, un Chanteur ou une Chanteuse, et de voir sur un théâtre,
comme en raccourci, la figure du monde qui passe.</p>
<p>Ne croyez pas, <hi rend="sc">Mes Très-chers Frères</hi>, que nous voulions vous
effrayer : nous espérons aussi bien que vous, que nous aurons sujet de nous réjouir, et
que le Seigneur bénira nos armes : mais sera-ce aux Dieux de l’Opéra que nous irons<note
resp="editor" place="bottom">1712 : vous irez</note> porter votre reconnaissance et
vôtre joie ? c’est au Dieu vivant que nous offrirons nos solennelles actions de grâces ;
nous chanterons les Cantiques de Sion dans nos Temples : Nous nous réjouirons, et notre
modestie sera connue de tout le monde<note resp="editor" place="bottom">[NDE] Cette phrase
est en italiques dans la version de 1712.</note>. Nous adorerons le Dieu des armées, et
nous substituerons des spectacles de Religion aux spectacles impurs et profanes, dont vous
n’avez été que trop enchantés.</p>
<p>Nous vous conjurons, <hi rend="sc">Mes Très-chers Frères</hi>, par Notre Seigneur<note
place="bottom" resp="editor"> 1712 : Sauveur</note>
<hi rend="sc">Jésus-Christ</hi>, de vous en abstenir. Evitez les pièges funestes que le
Démon vous a tendus. Ne fournissez pas à vos convoitises de quoi se soulever contre vous.
Ecoutez la voix du Pasteur, qui vous exhorte et vous sollicite, qui aime mieux <pb n="8" xml:id="p8"/>devoir votre obéissance à ses charitables conseils, qu’aux censures que l’Eglise lui a
mises en main. <hi rend="sc">Donné</hi> à Nîmes, dans notre Palais Episcopal, le huitième
jour de Septembre mil sept cents huit.</p>
<byline><hi rend="i">Signé</hi>,† ESPRIT, Ev. de Nimes.</byline>
<byline><hi rend="i">Et plus bas</hi> : Par Monseigneur, <hi rend="sc"
>Rieulenc.</hi></byline>
<closer>APPROBATION<lb/>J’ai lu un Manuscrit intitulé <hi rend="i">Mandemant de Monseigneur
l’Evêque de Nîmes contre les Spectacles.</hi></closer>
<dateline>FAIT à Paris ce 8. Mars 1709.</dateline>
<byline><hi rend="i">Signé,</hi> PASTEL</byline>
<closer>PERMISSION</closer>
<dateline>Permis d’imprimer, ce 8.Mars 1709.</dateline>
<byline>M. R. DE VOYER D’ARGENSON</byline>
</div>
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</text>
</TEI>