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<title>Des Comédiens et du Clergé</title>
<author key="P. A. D.">P. A. D.</author>
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<edition>OBVIL</edition>
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<name>François Lecercle</name>
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<publisher>Sorbonne Université, LABEX OBVIL</publisher>
<date when="2017"/>
<idno>http://obvil.sorbonne-universite.fr/corpus/haine-theatre/boursault_lettre-archeveque-paris_1694/</idno>
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<licence target="http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/fr/"><p>Copyright © 2019 Sorbonne Université, agissant pour le Laboratoire d’Excellence «
Observatoire de la vie littéraire » (ci-après dénommé OBVIL).</p>
<p>Cette ressource électronique protégée par le code de la propriété intellectuelle
sur les bases de données (L341-1) est mise à disposition de la communauté
scientifique internationale par l’OBVIL, selon les termes de la licence Creative
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3.0 France (CCBY-NC-ND 3.0 FR) ».</p>
<p>Attribution : afin de référencer la source, toute utilisation ou publication
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<p>Pas d’Utilisation Commerciale : dans l’intérêt de la communauté scientifique,
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<p>Pas de Modification : l’OBVIL s’engage à améliorer et à corriger cette ressource
électronique, notamment en intégrant toutes les contributions extérieures, la
diffusion de versions modifiées de cette ressource n’est pas souhaitable.</p></licence>
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<author>P. A. D.</author>, <title>[Compte rendu de] Des Comédiens et du Clergé</title>, in
<title>Mercure de France au dix-neuvième siècle</title>, <pubPlace>Paris</pubPlace>,
<publisher>Au bureau du Mercure</publisher>, <date>1825</date>, <biblScope>tome X, pp.
60-68</biblScope>. </bibl>
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<date when="1825"/>
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<div type="article">
<pb n="60"/>
<p rend="center"><hi rend="sc">Des comédiens et du Clergé</hi><hi rend="i">, suivi de
réflexions sur le mandement de monseigneur l’archevêque de Rouen, par le baron </hi><hi
rend="sc">d’Hénin de Cuvillers</hi><hi rend="i">, maréchal de camp, chevalier de l’ordre
royal et militaire de Saint-Louis, officier de l’ordre royal de la Légion d’Honneur,
membre de plusieurs sociétés savantes,</hi> etc.<note resp="author" place="bottom">[NDA]
Un volume in-12. Chez Dupont, rue de Bouloy, n<hi rend="sup">o</hi> 24, et Delaunay, au
Palais-Royal.</note></p>
<p/>
<p><hi rend="sc">Dans</hi> le nombre si considérable de livres que chaque jour voit éclore,
mon attention se porte ordinairement sur ceux dont le titre me promet le développement de
quelque pensée à peu près neuve ou de quelque vérité encore contestée. Il me semble
effectivement qu’un but réel et utile, si faire se peut, doit être le premier mérite de
tout écrit. Le temps n’est plus où le caprice et l’oisiveté pouvaient enfanter des volumes
sans objet ; les travaux de l’esprit sont actuellement vus sous un aspect plus élevé ;
l’art de l’historien ne consiste plus à tourner adroitement des épigrammes ; on n’irait
pas loin en estime littéraire par une élégie sur les rigueurs de la <hi rend="i"
>marquise</hi> ou une épitre <hi rend="i">légère</hi> sur les séductions du chevalier ;
nous voulons dans les romans autre chose que les mœurs de l’antichambre ou du boudoir, et
certes, ce serait à nos yeux un étrange philosophe que celui qui n’étudierait la nature
morale de l’homme que pour en faire saillir toutes les imperfections, ou qui s’attacherait
à éteindre toute exaltation de l’âme par un <pb n="61"/>froid et amer dénigrement.
Diverses considérations qui peuvent toutes se résumer par ce mot : <hi rend="i">la
faim</hi>, donnent encore chaque jour à la vérité naissance à une foule de compositions
<hi rend="i">littéraires</hi> ; mais qu’on y prenne garde, le métier se gâtera ; on aura
beau manier les ciseaux avec habileté, le public finira par se lasser de ces découpures
des anciens livres ; il trouvera qu’on lui fait payer trop cher des titres imprimés en
caractères anglais, et des marges de quatre pouces<note resp="editor" place="bottom">[NDE]
L’auteur fait référence à l’influence de la typographie anglaise de la fin du <hi
rend="sc">xviii</hi><hi rend="sup">e</hi> siècle sur les pratiques d’impression en
France, notamment sur Firmin Didot, avec l’utilisation de caractères plus larges pour
faciliter la lecture, et des marges plus importantes.</note>. Il jugera beaucoup plus
avantageux pour sa bourse d’en revenir aux <hi rend="i">bouquins</hi><note resp="editor"
place="bottom">[NDE] A l’époque, le mot signifiait les vieux livres, dont on fait peu de
cas. Ici, c'est pour contraster avec les publications " littéraires", imprimées avec
soin.</note> ; alors force sera à quelques littérateurs de chercher un usage plus
lucratif de leurs ciseaux, et à quelques libraires d’aller à pied comme Barbin<note
resp="editor" place="bottom">[NDE] Claude Barbin, libraire parisien qui a connu le
succès au <hi rend="sc">xvii</hi><hi rend="sup">e</hi> siècle mais qui est mort
ruiné.</note>.</p>
<p>Après ce petit avis que j’ai cru utile de donner à quelques-uns de nos faiseurs, j’en
viens à l’ouvrage de M. le baron d’Hénin, qu’à son titre, bien qu’il ne soit pas très
clair, j’ai jugé devoir présenter des faits et des raisonnements susceptibles de fixer mon
opinion sur une question intéressante : <hi rend="i">L’état des comédiens sous le point de
vue religieux</hi> ; question d’ordre social qui se reproduit sans cesse, et qui ne se
reproduit jamais sans altérer momentanément la paix publique.</p>
<p>Un comédien meurt ; le curé de la paroisse qu’il habitait refuse de recevoir dans son
église la dépouille mortelle de cette brebis égarée ; le peuple s’ameute ; la gendarmerie
s’avance ; on prend des pierres d’une part ; on tire le sabre de l’autre.... mais le sabre
a toujours raison dans un état bien policé, de sorte qu’en définitif le char funèbre,
repoussé de la maison du seigneur se dirige, au travers des murmures et des jurements,
vers le cimetière, pour rendre à la terre un peu de cette poussière anathématisée. Le soir
il n’est bruit que du fait dans les salons ; le lendemain plusieurs <pb n="62"/>journaux
contiennent des articles malins et ironiques que le curé se garde bien de lire ; sur ces
entrefaites, l’eau court, le temps vole, les événements marchent... un autre soleil et
l’on n’en parlera plus !</p>
<p>Cependant un pareil scandale afflige les gens de bien. Il peut se renouveler chaque jour,
et chaque jour ainsi offrir a la multitude un motif d’accusations haineuses contre les
ministres du culte ; il perpétue d’opiniâtres préventions qu’il faudrait s’attacher à
détruire, et place l’autorité dans une situation difficile, car enfin, que répondra le
magistrat au pasteur qui lui dit en substance : <hi rend="i">Un comédien est excommunié ;
or, ma conscience me défend d’admettre aux prières publiques de l’église le corps d’un
excommunié.</hi></p>
<p>On a bientôt fait de crier au fanatisme, de se moquer du curé et de sa conscience ; mais
ce n’est pas là le moyen de s’éclairer, et la discussion reste précisément au même point.
Si sans attaquer <hi rend="i">a priori</hi>, comme on dit dans l’école, le principe sur
lequel se fonde le ministre, on s’attachait simplement à lui démontrer qu’il n’y a pas
lieu de l’appliquer ici, et qu’il peut sans blesser sa conscience admettre le corps d’un
comédien, attendu qu’un comédien <hi rend="i">n’est pas un excommunié</hi>, certainement
on obtiendrait un autre résultat. C’est la tâche que s’est imposée M. le baron d’Hénin de
Cuvillers.</p>
<p>Je suis sûr que le titre militaire qui décore ce nom inspirera d’abord quelques doutes au
lecteur sur le mérite de l’ouvrage. Le sujet semble, en effet, au premier aperçu, beaucoup
mieux convenir à un docteur de Sorbonne qu’a un maréchal de camp ; rarement on a vu le
même homme mener de front les matières cléricales et les théories stratégiques ; il est
<pb n="63"/>fort permis à un général de n’avoir pas lu Baronius, et ce n’est
certainement pas dans les actes des conciles qu’on apprend à placer des batteries ou à
ranger une division en ligne de bataille ; enfin, si l’on me permet cette forme triviale,
<hi rend="i">canons et canons il y a</hi>, et l’on pouvait raisonnablement craindre
qu’un homme habitué à vivre au milieu de ceux de Mars, ne traitât un peu cavalièrement
ceux de l’Eglise. Mais on sera détrompé en lisant cet ouvrage ; il est plein de recherches
curieuses ; il atteste une instruction solide, et je ne sais trop ce que l’on peut
répondre aux faits que l’auteur a réunis pour appuyer son système dans la question.</p>
<p>Après avoir retracé l’état des comédiens chez les anciens, M. d’Hénin considère
successivement leur existence aux trois âges de l’art dramatique ; sous la première et la
second race de nos rois, il voit les <hi rend="i">bateleurs</hi> ou <hi rend="i"
>histrions</hi> qui avaient succédé à ces acteurs du cirque, flétris chez les Romains,
mériter, par leurs jeux obscènes et leurs farces grossières, les censures de l’Eglise et
les châtiments du bras séculier. Les conciles d’Elvire, d’Arles, les placent en dehors de
la communion chrétienne, et Charlemagne les poursuit de ses ordonnances. Bientôt ils
tombent dans un discrédit total, et il n’en est plus fait mention sous les premiers règnes
de la troisième race.</p>
<p>C’est sur cette législation protectrice des bonnes mœurs à une époque reculée et dirigée
de concert par l’Etat et par l’Eglise contre des excès répréhensibles, que se fondent les
membres du clergé actuel pour refuser la sépulture chrétienne aux comédiens morts <hi
rend="i">sans avoir abjuré</hi>. Beaucoup très certainement ignorent que telle est la
base des principes qui leur ont été <pb n="64"/>transmis et qui règlent leur conduite ;
mais enfin il ne peut y en avoir d’autre, et c’est réellement parce que Charlemagne a
proscrit quelques bateleurs du huitième siècle, qu’au dix-neuvième nous refusons
d’invoquer la miséricorde divine, dans nos temple, en faveur de ceux qui ont consacré leur
vie à charmer nos loisirs, en nous faisant entendre de beaux vers et de grandes
leçons !</p>
<p>Et toutefois il y a là une grave erreur ; car si l’on suit avec attention l’histoire
dramatique des siècles postérieurs, il devient évident que c’est par une fâcheuse méprise
qu’on a cru voir le berceau de nos comédiens modernes parmi ces troupes d’histrions
anathématisés dès les premiers âges de l’ère chrétienne ; qu’on ne peut, sans mauvaise
foi, les regarder comme les successeurs de ces derniers, et qu’il serait tout au plus
permis de considérer comme tels ces acteurs en plein air, dont les parades précèdent
dignement la représentation en cire de la <hi rend="i">Chaste Suzanne</hi> ou du <hi
rend="i">Jugement de Salomon</hi>.</p>
<p>En effet, comme le fait très bien voir M. le baron d’Hénin, les véritables auteurs de nos
jeux scéniques sont ces pèlerins qui revenant de la Palestine, chantaient aux peuples
émerveillés les événements anciens ou récents dont cette terre sacrée avait été le
théâtre. C’est à eux qu’il faut remonter pour en retrouver l’origine réelle. Isolés dans
les premiers temps, ces pèlerins reconnurent qu’ils pouvaient avoir beaucoup plus de
succès en réunissant leurs efforts et en se distribuant les divers personnages qui
figuraient dans leurs complaintes : de là, les <hi rend="i">Confrères de la Passion</hi>,
institués par lettres patentes, en 1402, pour représenter à Paris des <hi rend="i"
>comédies pieuses</hi>. Ces comédies, appelées dans <pb n="65"/>la suite <hi rend="i"
>moralités</hi> et <hi rend="i">mystères</hi>, furent tellement goûtées qu’on en joua
bientôt dans tout le royaume. L’Eglise favorisait ce genre de spectacle, qu’elle regardait
comme susceptible d’édifier les fidèles ; les membres du clergé y assistaient ;
quelques-uns même y prenaient part.</p>
<p>Mais comme notre nation a toujours aimé le mot pour rire, on ne tarda pas à trouver que
les mystères étaient un peu graves ; et les confrères, pour varier le spectacle,
s’adjoignirent insensiblement quelques <hi rend="i">bons fils de famille</hi> ou <hi
rend="i">enfants sans souci</hi>, comme il y en a dans tous les siècles, qui se
chargèrent d’égayer ceux dont les saints tableaux avaient rembruni l’imagination ; de
sorte qu’au seizième siècle s’introduisit presque généralement l’usage de représenter <hi
rend="i">les histoires du Vieil et du Nouveau Testament avec la farce au bout</hi>, pour
recréer les assistants. Par malheur, on prit goût à la <hi rend="i">farce</hi>, et
d’accessoire elle devint bientôt le principal : comme elle offrait une fidèle et naïve
image des désordres du temps, elle ne pouvait être très pure et devait quelquefois causer
du scandale : c’est ce qui détermina, en 1546, les révérends Pères de la Trinité à
expulser de leur maison les <hi rend="i">confrères de la Passion</hi>, qui y avaient eu
jusque là leur théâtre. Ceux-ci, établis d’abord à l’hôtel de Flandre, puis à l’hôtel de
Bourgogne, obtinrent en 1548 un arrêt du parlement qui les confirmait dans tous leurs
privilèges, sous la condition de ne jouer que des sujets <hi rend="i">profanes, licites et
honnêtes</hi>. « <quote>C’est ici <seg type="exquote">, dit l’auteur,</seg> le troisième
âge de l’existence des comédiens en France et l’origine certaine des comédiens de nos
jours : car il est bien avéré que les <hi rend="i">confrères</hi> étaient de <hi
rend="i">vrais comédiens</hi>, montant sur le théâtre et débitant des scènes. Le <pb
n="66"/>parlement dans sa sagesse leur fit défense de représenter des mystères ; mais
il les autorisa à jouer des sujets profanes, et l’arrêt du parlement est confirmé par
des lettres patentes du roi (1559). Par conséquent, la comédie fut donc <hi rend="i"
>instituée, approuvée</hi> et <hi rend="i">consentie</hi> par les autorités suprêmes
du royaume</quote>. » Il n’y a plus qu’un mot à dire maintenant, car les comédiens, qui
se succédèrent depuis cette époque jusqu’au grand homme à qui le curé de Saint-Eustache
refusa la sépulture chrétienne<note resp="editor" place="bottom">[NDE] Molière.</note>,
tinrent tous directement leurs droits des <hi rend="i">Confrères privilégiés</hi>, et
furent obligés de faire une réserve sur leurs bénéfices pour payer l’autorisation qui leur
était accordée. Vers le milieu du dix-septième siècle même, des comédiens de province,
qui fondèrent le théâtre du Marais où furent représentées les pièces de Jodelle, de
Garnier et enfin de Corneille, se virent tenus <hi rend="i">à payer par chaque
représentation un écu tournois aux Confrères de la Passion</hi>. C’était
l’Hôpital-Général qui profitait alors de cette redevance.</p>
<p>En faut-il davantage pour démontrer combien il est absurde de vouloir appliquer aux
artistes de nos jours les foudres lancées par les évêques des troisième et quatrième
siècles de l’ère chrétienne contre les bateleurs gallo-romains ? N’est-il pas manifeste
que ces anathèmes de l’Eglise ne les concernent nullement ? Quant à la législation civile
elle a été remplacée sur ce point comme sur tant d’autres par une législation nouvelle,
attendu que ce qui convient dans un temps ne convient pas dans un autre. Les ordonnances,
les diplômes et les lettres patentes des rois, les arrêts des parlements, les règlements
de police forment une réunion d’actes publics qui constituent et consacrent, de la manière
la <pb n="67"/>plus authentique, la profession de comédien en France. Cette législation a
fait de ceux qui l’exercent de véritables citoyens, supportant les mêmes charges et
remplissant les mêmes devoirs que les autres. Bien plus, il avait été fait en leur faveur
une exception qui prouvait le degré de considération dont on voulait les honorer : les
commerçants perdaient le privilège de noblesse et les comédiens le conservaient. Une
ordonnance de Louis XIII, du 16 avril 1641<note resp="editor" place="bottom">[NDE] On
trouvera cette ordonnance dans le corpus Haine du théâtre, voir lien.</note>, et un
arrêt du parlement rendu en 1668, à la requête de Josias de Soulas, sieur de Florid,
écuyer et comédien à l’hôtel de Bourgogne, en font foi<note resp="editor" place="bottom"
>[NDE] Josias de Soulas, sieur de Primefosse et non de Florid. Il avait pour nom de
scène Floridor et était effectivement gentilhomme.</note>.</p>
<p>M. le baron Hénin ne démontre pas moins victorieusement (et c’est là le point capital,
relativement à l’administration) que, dans les principes de l’Eglise gallicane,
l’excommunication, fût-elle réelle, n’étant pas consacrée par la loi civile et
personnellement dénoncée, un ecclésiastique se rend coupable d’un véritable délit
lorsqu’il refuse les prières publiques à un comédien.</p>
<p>Mais il semble qu’au dix-septième siècle on était loin d’avoir sur cette profession, en
général, les idées qui règnent de nos jours. En effet, on refuse d’admettre le corps de
l’illustre auteur de <hi rend="i">Tartuffe</hi> ; mais en même temps on inhume, dans nos
églises mêmes, Turlupin, Gautier-Gargouille, Gros-Guillaume, et plusieurs autres : en
1689, à l’époque où les comédiens français vinrent s’établir dans la rue des
Fossés-Saint-Germain, nous voyons les capucins, cordeliers et Augustins de ce quartier
leur adresser d’humbles suppliques pour avoir part au prélèvement qu’ils faisaient sur
leur recette en faveur des indigents. Celles des cordeliers se termine ainsi :
« <quote>L’honneur qu’ils (les bons <pb n="68"/> pères) ont d’être vos voisins, leur
fait espérer que vous leur accorderez l’effet de <hi rend="i">leurs prières, qu’ils
redoubleront envers le Seigneur pour la prospérité de votre chère
compagnie.</hi></quote> » Enfin, en 1669, c’était l’<hi rend="sc">abbé Perrin</hi> qui
<hi rend="i">remplissait les fonctions de directeur de l’Opéra</hi>. Entendez-vous,
Messieurs, un abbé réglait alors les roulades et les pirouettes de ces dames ! La chose
dura trois ans ; il céda son privilège à Lully en 1672<note resp="editor" place="bottom"
>[NDE] L’abbé Perrin a été effectivement le premier détenteur du privilège de l’Académie
royale de musique, de 1669 à 1672.</note>. On ne voit pas qu’il ait été le moins du
monde inquiété par le corps auquel il appartenait. Il n’y a rien à ajouter à de tels
faits.</p>
<p>L’espace me manque pour parler de la fin de ce volume où l’auteur a rassemblé des détails
piquants sur une foule de cérémonies des diverses églises de France, toutes plus ou moins
analogues à ces mystères qui ont donné naissance à notre théâtre : je renvoie à l’ouvrage
même le lecteur qui sera curieux de lire le récit des offices où chaque antienne était
terminée en chœur par ce refrain harmonieux : <hi rend="i">Hin ! han</hi> ! de ces
processions à l’issue desquelles les chanoines <hi rend="i">dansaient en rond, jouaient
aux quilles</hi> et se jetaient à la tête certaines galettes qui en ont conservé la
dénomination de <hi rend="i">casse-museaux</hi>. Car, ainsi qu’il a été dit plus haut, ce
volume est plein de faits dont l’auteur indique toujours soigneusement la source. Entre
les citations, une seule m’a paru étrange : c’est la fin d’un couplet du Gymnase
dramatique<note resp="editor" place="bottom">[NDE] <hi rend="i">Des Comédiens et du
Clergé</hi>, p. 231.</note> ; certes, M. Scribe ne s’attendait guère à se voir cité
entre les Pères des conciles et les défenseurs de l’Eglise gallicane... Je demande ce qui
manque maintenant à la gloire de M. Scribe ?</p>
<p>P.A.D.</p>
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